Sunday, July 26, 2015

Le rôle de l’officier d’échange français à l’USAFA

Après avoir évoqué la formation initiale des officiers dans l'US Air Force et plus précisément l’USAFA, attardons-nous à présent sur le rôle de l’officier d’échange français à l’USAFA.

Echanger = Donner une chose et en recevoir une autre en contrepartie (définition du CNRTL)

D’instructeur à l’origine, l’officier français en poste à l’USAFA a acquis des fonctions de liaison

Quelques années après la création de l’USAFA en 1954, l’Académie ouvre ses portes à des officiers francophones : un français et un belge sont alors assignés au département des langues, en 1961, avec pour objectif d’enseigner le français.

Si historiquement, il n’y pas de réciprocité en termes d’échange d’officiers, un tournant va se produire et va aboutir à accroitre les liens entre les deux Ecoles. En 1966, le Général De Gaulle décrète le retrait des personnels militaires des structures intégrées de l’OTAN. Pour les chefs militaires des deux pays, qui ont combattu et coopéré ensemble, cette annonce peut avoir des conséquences néfastes pour le futur.

En 1968, l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Sargent Shiver, propose alors que les deux pays échangent des personnels militaires. Cette idée est très favorablement reçue par le commandant de l’Ecole de l’air (Général Claude Grigaut) ainsi que par le Superintendant de l’USAFA (Général Thomas Moorman). Des discussions naissent sur un échange semestriels d’élèves, qui commencera en 1969 avec parmi les 6 élèves-officiers français reçus à l’USAFA, un certain Richard Wolsztynski, qui deviendra en 2002, chef d’état-major de l’armée de l’air. En 1974, l’USAFA a également accueilli le jeune Stéphane Abrial, futur chef d’état-major de l’armée de l’air également, mais aussi premier officier non-américain à prendre la tête d’un commandement militaire stratégique de l’OTAN.

Cet échange d’élèves va conduire progressivement à une réciprocité en termes d’échange d’officiers et en avril 1975, sera signé un protocole d’accord concernant l’échange d’officiers entre l’Armée de l’air et l’US Air Force. Jusqu’à cette date, les élèves américains étaient accompagnés par un officier américain qui ne restait à Salon de Provence que pendant le semestre. A l’USAFA, l’officier français prenait lui, la charge du groupe pendant leur passage dans le Colorado en plus de ses fonctions d’instructeur.


Avec quelques élèves, en cours de conception d’aéronef, directement sur les avions de la place Terrazzo

L’officier d’échange français a conservé aujourd’hui cette double casquette, à la fois d’instructeur et de liaison entre les académies

En tant qu’officier d’échange, son rôle est d’enseigner au sein de l’Académie. Si à l’origine, sa tâche était d’enseigner le français, son domaine de prédilection a évolué pour tendre vers un enseignement scientifique (aéronautique ou électronique en fonction des compétences des officiers) puis uniquement dans le domaine aéronautique depuis bientôt 20 ans. Ainsi, il est en charge d’enseigner le cours d’aéronautique en anglais, mais également en français pour certains élèves américains capable de comprendre parfaitement la langue de Molière. Donner des cours représente un excellent moyen d’échanger avec les élèves sur des aspects culturels et techniques et finalement de montrer une méthode de raisonnement qui peut être différente.

Mais le rôle de l’officier d’échange ne se résume pas seulement à enseigner. Il faut aussi assurer la bonne tenue des échanges d’élèves entre les deux écoles. L’échange semestriel est bien évidemment l’échange le plus connu. Il existe depuis 1969 et permet à 8 cadets de chaque pays de passer un semestre complet dans l’autre académie, d’août à décembre. Ces élèves suivent exactement le même cursus de formation que leurs homologues et sont parfaitement intégrés au sein des promotions ou des squadrons. Cet échange a été unique pour les deux écoles pendant des dizaines d’années et a été cité en exemple à de multiples reprises. C’est ainsi que cela a donné lieu à d’autres échanges avec d’autres académies militaires étrangères depuis la fin des années 1990 (Allemagne, Espagne, Japon,…).

Cadets français de l’échange 2013 avec Tony Parker de passage à l’USAFA

Un autre type d’échange est celui concernant les projets de recherche, appelé Cadet Research Summer Program (CSRP). Au printemps, des élèves vont au sein de l’autre académie pour conduire de telles recherches. En 2013 par exemple, 7 cadets français sont venus à Colorado Springs pour étudier l’hypersonique, la fatigue structurelle, l’attitude d’un satellite ou encore des aspects de cyberdéfense. En rythme de croisière, l’objectif est d’avoir 6 élèves de chaque école insérés au sein des laboratoires de l’école homologue pendant une période de 4 à 12 semaines.

En outre, à un niveau supérieur, la France et les Etats-Unis ont signé en 1994, un accord d’échange de scientifiques : Engineers and Scientists Exhange Program (ESEP). Ce programme d’échange permet à des ingénieurs militaires ayant 4 années d’expérience de pouvoir étudier dans des laboratoires de l’autre pays. A ce titre, l’USAFA accueille depuis quelques années des Capitaines effectuant leur stage de fin d’études pour le compte de leur formation EMSST (Enseignement Militaire Supérieur Scientifique et Technique). Pour eux, c’est l’occasion d’effectuer des recherches sur des systèmes très performants et d’intégrer une autre façon d’enseigner, ce qui est judicieux dans la perspective de leur future mission de professeur à l’Ecole de l’air.

Représenter l’armée de l’air

Si des échanges d’élèves-officiers et d’officiers sont à organiser, il faut aussi représenter la France à chaque instant, donner à tout moment la meilleure image possible de notre communauté, répondre à des questions sur notre politique de défense ou susciter la curiosité des cadres et élèves de l’école sur les enjeux actuels vus par notre « vieux pays ».

Un des moyens possibles est de participer en tant qu’invité à des cours de sciences politiques sur le thème de la défense en France. Parfois, c’est même au sein de l’université de Denver, et auprès d’élèves en Master, qu’il s’agit de faire une explication sur la politique française.

En participant à des cours de français ou lors des cours d’aéronautique, il est possible de faire connaître notre armée, notre culture, nos technologies et notre pays.

Finalement, c’est dans les échanges informels au quotidien que se transmettent également des liens, petit à petit. Ces échanges quotidiens sont déterminants car comme dans toutes institutions militaires et d’autant plus dans une académie, le turn-over est très important et il faut sans cesse recréer des liens avec les nouveaux arrivants.

Les actuels officiers d’échange étrangers (Allemand, Espagnol, Français et Japonais) entourant le CEMAA brésilien, annonçant l’arrivée d’un officier brésilien à l’été 2015

 

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